Pourquoi fallait il intervenir au mali ?

Point de vue, l’engagement au Mali, par Andréa Kiss, Secrétaire fédérale à l’Europe, l’International et la Défense

L’intervention militaire française au Mali a suscité des réactions de l’ensemble de la classe politique française, majoritairement de soutien. Elle mérite quelques explications.
Indépendante depuis 1960, cette république de 15 millions d’habitants de plus de 10 ethnies différentes, dont 10 % de nomades,  fait partie des pays les plus pauvres de la planète.

Membre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine, son économie est agricole, basée en particulier sur le coton, production malmenée par les subventions aux exportations pratiquées par les pays développés, notamment les Etats-Unis.

Le Mali, pays désertique au 2/3, abrite cependant un sous-sol riche : or, bauxite, uranium…
Pauvreté, corruption, mondialisation subie : le Mali présente, à l’instar de nombreux pays africains, un terreau idéal pour l’éclosion de révoltes et d’un radicalisme religieux. Le pays s’est néanmoins engagé dans un processus de démocratisation depuis 1992, après 30 ans de dictature. Contre vents et marées, le pouvoir a engagé de nombreuses réformes dont la décentralisation, faisant du Mali un exemple en Afrique.

Mais l’année 2012 a été particulièrement chaotique : les Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), revendiquant l’indépendance de la zone nord du pays trouvent des alliés de circonstance dans les salafistes d’Ansar Dine, mouvement demandant la mise en place de la charia dans le pays. Cette frange dure ne recule devant aucune exaction et terrorise les populations civiles.  Tombouctou, la « ville aux 333 saints » abritait de nombreux mausolées de saints musulmans vénérés par la population. Ils font l’objet d’une destruction méthodique à coups de pioche. Dans cette ville aux mains des jihadistes, le refus de porter le voile islamique est un motif d’arrestation pour les femmes et il faut se cacher pour regarder la télévision… En mars, un coup d’État fomenté par l’armée régulière renverse le Président Touré, au motif de son inaptitude à gérer la rébellion.

Cette instabilité politique et l’accélération de la progression des rebelles soutenus par AQMI vers le sud du pays ont conduit fin 2012 à l’adoption à l’unanimité de la résolution 2085 par le Conseil de sécurité de l’ONU autorisant, « pour une période initiale d’un an », le déploiement d’une force internationale dans le pays. Cette résolution engage le pouvoir malien mettre en œuvre « un plan de route pour la transition, à rétablir pleinement l’ordre constitutionnel et l’unité nationale, notamment en tenant des élections présidentielles et législatives (…) d’ici avril 2013 ou, à défaut, dès que possible techniquement ».  Elle impose dans le même temps le dialogue avec les groupes armés du Nord qui rejettent le terrorisme et la partition du pays.

A ceux qui pourraient encore en douter, l’intervention au Mali était donc indispensable, pour « stopper l’offensive des terroristes et les empêcher de menacer l’État malien […], préserver et retrouver l’intégrité et la souveraineté du Mali », comme l’a rappelé le Ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, le 15 janvier dernier.

Rappelons pour mémoire que c’est le Président malien qui a lancé l’appel à l’aide de la communauté internationale et que le cadre fixé pour la résolution 2085 est plus que clair. Enfin, la France n’est que la tête de pont : l’intervention a vocation à être internationale, à travers la Mission internationale de soutien au Mali impliquant d’autres pays africains et européens. La paix et la souveraineté du Mali se devaient de passer par cette décision courageuse.

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