Jeudi de la Fédé #5 « L’emploi »

La dynamique de débat et de réflexion se poursuit avec ce 5e rendez-vous des « Jeudis de la Fédé » au Haillan.

Thierry Trijoulet, Premier Secrétaire Fédéral, remercie la section locale pour son accueil ainsi que les secrétaires fédéraux pour leur implication dans ce temps fédéral désormais incontournable. Il excuse également Jean Grosset, conseiller spécial chargé du social auprès du 1er Secrétaire, retenu à Paris en raison des grèves.

Thierry Brunel, Secrétaire fédéral à l’économie, emploi et dialogue social, introduit le débat autour de la thématique « L’économie et le dialogue social au service de l’emploi ».
Il évoque tout d’abord les réformes mises en place par le gouvernement depuis 2012 qui tendent à l’amélioration de la vie et du parcours des salariés. Il précise que plusieurs signaux passent au vert : augmentation de la croissance, baisse du chômage sur 2 mois consécutifs pour la 1ère fois depuis 2011 et tout récemment reprise du secteur de la construction.

La première question est à l’attention de Jean-Louis Blouin, Directeur général d’I2S :

« Que faut-il faire pour que l’économie et le dialogue social se mettent de manière plus efficiente au service de l’emploi ? »

Il regrette que la loi El Khomri ne concerne que peu les petits patrons ainsi que le faible pouvoir d’intervention des entreprises par rapport aux lois qui les impactent.
Le dirigeant prône le respect, la confiance, la proximité, l’autonomie et la responsabilité au sein de l’entreprise.
Il préconise de bâtir un cadre stratégique dans lequel chacun pourra trouver sa place et s’exprimer, afin d’éviter que les gens ne sortent du système pour faire autre chose.

A Patrick Mérian, Secrétaire départemental de Solidaires Finances Publiques Gironde, Thierry Brunel demande

« comment mettre en place un système de dialogue pour privilégier l’emploi ? »

Pour un débat serein, il faut d’abord un niveau d’information suffisant. Le responsable syndical regrette qu’une réforme aussi importe que la « Loi Travail » arrive si tard dans le mandat et que les syndicats aient été si peu sollicités au départ, ce qui a conduit à la radicalisation d’une partie d’entre eux par la suite.

Faisant écho aux propos de Jean-Louis Blouin sur la responsabilisation et l’autonomie, il constate que nous avons beaucoup perdu en éducation populaire et en sens du collectif. Beaucoup de réformes sociétales nous amènent au contraire vers l’individualisation.

Marie Récalde, Députée de la 6e circonscription, nous apporte l’éclairage de la législatrice. Elle note qu’il y a eu beaucoup de fantasme et de « faux-dits » autour de la « Loi Travail ».

Alors que le dialogue social est l’ADN de la Gauche, elle met en garde contre la position des candidats à la primaire républicaine qui tous le considère avec mépris, rappelant à quel point il avait déjà été dégradé sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

L’ensemble des textes élaborés sous le quinquennat de François Hollande l’ont été après un dialogue social, alors que la droite propose une politique ultralibérale où les syndicats n’auraient pas le droit de cité. Parmi ces textes, la « Loi Travail » est sans doute le texte qui a le plus évolué après le dialogue avec notamment les représentants des syndicats et du patronat. Il compte 800 amendements d’origine parlementaire.

On a par ailleurs pu constater depuis 2012 un retour des politiques actives de l’emploi, avec les emplois d’avenir, les contrats de génération, la garantie jeune, la réglementation relative aux travailleurs détachés, la prime d’activité,… Le Compte Personnel d’Activité, prévu dans la « Loi Travail », est également un acquis important.

La Députée concède une erreur de timing, de conception et de méthode sur la « Loi Travail ». Mais une fois cela dénoncé, il faut se mettre au travail.

Elle note également que les institutions de la Ve République ne sont plus adaptées et ne correspondent plus à la nécessaire participation des citoyens. Elle renouvelle l’importance de respecter le dialogue social.

Thierry Brunel pose ensuite aux 3 intervenants la question de la régionalisation de l’emploi.

Pour Jean-Louis Blouin, peu importe la régionalisation du moment que la proximité est là. Il souligne par ailleurs les initiatives locales très positives dans cette région.
Revenant sur des considérations plus générales, il propose, pour augmenter l’offre et la consommation, que chaque entreprise embauche 10% de salariés en plus sans charge sociale, l’augmentation des impôts sur les dividendes et les plus-values mais la suppression des charges sur les fonds réinjectés dans la société.
Il note l’émergence d’un nouveau modèle de société : aujourd’hui, 15% de la population réalise 50% de ses revenus en vendant sur internet des biens ou des services. Dans 10 ans, ce sera 80% de la population. Le Gouvernement doit tenir compte de ces évolutions.

Sur la « Loi Travail », Patrick Mérian regrette qu’il n’y ait pas eu de débat parlementaire. Pour lui, la réduction et le partage du temps de travail sont aussi une solution, tout comme la mise en place d’une sécurité sociale personnelle. Le tout est de savoir quelle est la société que l’on veut pour demain. L’investissement syndical est un vrai choix. Des milliers d’accords d’entreprise sont signés chaque année mais il ne faut pas confondre les niveaux, le local n’est pas toujours sur la même ligne que le national.

Pour Marie Récalde, il est nécessaire d’envisager l’avenir dans une économie de partenaires et non d’adversaires. On va être percuté par des innovations dont on n’a pas encore idée. Dans notre pays profondément jacobin, il existe une absolue nécessité de proximité. Comment ce qui fonctionne au niveau régional ne peut pas être transposé au niveau national ?

Les nombreux militants présents engagent des échanges parfois contradictoires avec les intervenants mais toujours respectueux des positions de chacun. Place et rôle des syndicats, dérives que pourraient entraîner la « Loi Travail », inversion de la hiérarchie des normes, impact de cette loi sur l’emploi, de nombreuses questions sont soulevées. Patrick Mérian précise que la solution aurait pu être de retirer le projet de loi et de repartir sur un débat plus large, évitant ainsi de cliver et de diviser les Français.

Sans langue de bois, Marie Récalde indique que le texte n’était au départ pas acceptable en l’état et que les réticences dépassaient alors largement le cadre des « frondeurs ». Aujourd’hui, même si le texte doit encore évoluer, il serait dommage de se passer des grandes avancées qu’il apporte, comme l’égalité femmes/hommes ou le Compte Personnel d’Activité. Elle conclut sur l’importance de ces moments d’échange dans le respect de nos différences, pour elle en tant qu’élue qui a besoin de se confronter au terrain et à ses électeurs, mais également pour l’ensemble des camarades présents.

Avant de partager un pot convivial, Thierry Trijoulet annonce que les « Jeudis de la Fédé » continueront de parcourir le territoire, puisque la prochaine édition se tiendra en septembre à  Andernos.

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