Jeudi de la Fédé #4 « L’état social-écologique »

Toujours dans la lignée des Cahiers de la Présidentielle, ce 4e rendez-vous des Jeudis de la Fédé s’articulait autour de la thématique « Prendre soin des autres et de soi : vouloir l’État social-écologique ».

Cinq intervenants étaient présents à la Fédération pour apporter leur éclairage aux nombreux militants présents, autour d’Emmanuelle Ajon, Secrétaire fédérale à l’Innovation et au développement social.

Après le mot d’accueil du Premier fédéral Thierry Trijoulet, Emmanuelle Ajon introduit le débat.

L’angle choisit est celui des précarités. La précarité s’est insinuée depuis quelques années maintenant dans les domaines jusqu’alors considérés comme les bases de la cohésion sociale – l’emploi, l’école, le logement, la famille – et elle a de ce fait largement contribué à transformer cette cohésion sociale, si complexe à maintenir. Longtemps confondue avec l’exclusion et la grande pauvreté, la précarité n’est plus aujourd’hui un phénomène marginal.

Elle touche une partie de la population française qui va bien au-delà des plus défavorisés, et concerne de plus en plus les jeunes. Aujourd’hui nous ne pouvons pas, en tant que militants politiques, ne pas nous questionner sur les conséquences qu’entraînera la précarité actuelle sur l’état de la population en France dans une vingtaine d’années.

Catherine Abeloos, Présidente de la FNARS Aquitaine (association qui agit pour la solidarité et contre l’exclusion) et directrice générale de l’association Revivre, précise le phénomène et les conséquences de cette « nouvelle précarité ». Le constat chiffré est éloquent : 6 millions de personnes en recherche d’emploi, dont 3 millions sans aucune activité. Les nouvelles formes d’exclusion, loin du cliché des sans domicile fixe, concernent de jeunes adultes en rupture, des femmes victimes de violence, de jeunes couples qui travaillent et ne peuvent se loger,… Les années 1980, avec l’avènement du chômage de masse et des emplois précaires, ont vu l’émergence d’une nouvelle catégorie, les travailleurs pauvres. Ils sont aujourd’hui 1,5 millions, en augmentation de 20% depuis 2003. Ce sont principalement des femmes en temps partiel subi. Par ailleurs, 120 000 jeunes sont sans qualification. A noter également que 57% des allocataires du RSA sont des femmes. Ces nouvelles formes de précarité sont génératrices de tensions sociales.

Pascal Lafargue, Président d’Emmaüs Gironde, axe son intervention sur l’enfance. Il s’agit plus d’exclusion que de pauvreté. On peut être pauvre et heureux ! Le plus inquiétant est l’enfance que l’on ne voit plus, celle qui se terre dans des lieux « inhabituels ». Les parents font ce qu’ils peuvent, il  est de la responsabilité de la collectivité de prendre le relais. En France, on compte 1 500 enfants disparus dans des lieux de non droit, comme Grande-Synthe et Calais. C’est aux élus d’influer pour que la France s’occupe des migrants et des enfants. La France doit prendre ses responsabilités ; sur les 30 000 migrants qu’elle s’est engagée à accueillir, seuls 1 500 l’ont effectivement été pour le moment.

Béatrice Aspart, psychologue et fondatrice du « Garage Moderne », fait part de son expérience de terrain. Le Garage Moderne est un garage associatif  né d’une belle rencontre il y a une quinzaine d’années. La structure compte aujourd’hui 7 000 adhérents et 14 salariés. Elle est aussi engagée dans l’action culturelle. En 2003, l’atelier vélo est créé et en 2012, elle obtient l’agrément centre de formation. Béatrice Aspart évoque les difficultés pour obtenir des subventions, pour se repérer entre tous les acteurs institutionnels compétents. Elle signale également que de nombreux habitants viennent solliciter des aides diverses dans son garage, sans doute par manque de connaissance et d’information sur les structures compétentes.

Olivier Bres, Président de l’association Amos (entreprise d’insertion), revient sur le dispositif « Territoires zéro chômeurs », qui concerne principalement les territoires ruraux. Face à l’uberisation de l’économie, face aux inégalités salariales, il prône les modèles d’avenir des entreprises d’insertion et de l’Economie Sociale et Solidaire. L’ESS pèse aujourd’hui 10% dans l’économie. Elle offre les avantages des emplois non délocalisables et des circuits courts, et constitue un trésor pour notre société. L’ESS est un contre-modèle de sobriété. Olivier Bres insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’assistanat mais bien d’un accompagnement global dont chacun a besoin. Il rappelle également que le fait migratoire est consubstantiel de l’histoire de l’humanité.

Enfin, Florence Lamarque, cadre pédagogique à l IRTS, intervenante à l’Observatoire Girondin de la Pauvreté et de la Précarité, aborde les enjeux en termes de santé. La santé recoupe le bien-être biologique, psychologique et social. Depuis 2012, beaucoup a été fait pour améliorer l’accès à la santé. La PUMA (protection universelle maladie), ne lie plus la protection sociale au travail. Même si cela existait déjà par ailleurs, il s’agit d’une avancée considérable. La généralisation du 1/3 payant va également dans le sens d’un meilleur accès aux soins. La couverture territoriale des soins, et notamment la question des déserts médicaux, constitue aujourd’hui un enjeu majeur. La prévention est également au cœur du débat.

Les militants présents évoquent la question des mutuelles obligatoires, avec les avancées mais également les failles que comporte le système et font également valoir que de nombreux outils existent sur ces questions des précarités, même s’il n’est pas toujours aisé de bien les identifier. Ils précisent l’importance des moyens à allouer à ces politiques.

Emmanuelle Ajon conclut par la nécessité de désegmenter l’action sociale pour aller vers l’accompagnement global. Il faut également s’appuyer sur la redéfinition des besoins vitaux pour revoir les critères d’évaluation des politiques sociales en acceptant que le temps soit long pour donner des résultats. Il s’agit par ailleurs d’arrêter de flirter avec les concepts mais plutôt se baser sur les besoins et de se méfier des termes basiques dont on a besoin de déterminer l’efficacité avant la terminologie. Le droit commun doit en outre être privilégié à la création de mesures d’exception (exemple du CDDI). S’agissant enfin de la pédagogie du parler, l’enjeu est de repositionner l’interdépendance des uns aux autres comme une base de société.

Le prochain « Jeudi de la Fédé » se tiendra le 2 juin au Haillan sur la thématique de l’économie et l’emploi.

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